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En Malaisie, les villages appelés « Kampungs » datent de l’après-Seconde Guerre mondiale et constituaient des camps d’internement. L’objectif des autorités coloniales britanniques était de surveiller une partie de la population malaisienne, et en particulier des membres la communauté chinoise, soupçonnés de soutenir l’idéologie communiste de l’époque. Presque 80 ans plus tard, ces Kampungs font toujours l’objet de débats sur la scène politique. Récemment encore, le gouvernement a émis l'idée d'inscrire des Kampungs sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, de quoi créer des réactions chez les nationalistes malais. De notre correspondante de retour de Kuala Lumpur, C’est dans un musée situé dans une petite ruelle, en plein cœur de Sungai Way, que Ding Eow Chai observe les vestiges du passé. Devant les vitrines remplies d’objets historiques, ce Malaisien issu de la communauté chinoise raconte l’histoire de son village. « Après l’occupation japonaise pendant la Deuxième Guerre mondiale, les Britanniques sont revenus ici. Le communisme était assez fort, ils ont interné tous les Chinois dans cet espace et ils les ont mis ici, dans notre village. Et ils contrôlaient par exemple votre nourriture, explique-t-il. À l’époque, il devait y avoir 650 maisons environ. C'étaient surtout des Chinois, c'étaient ceux qui soutenaient principalement le communisme malaisien. » À ses côtés, Yuri Tan, une Malaisienne descendante de Chinois résidant dans le camp de Sungai. Elle échange régulièrement avec sa grande tente pour en savoir plus sur l’histoire du Kampung et de sa famille. Le devoir de mémoire« J’ai juste dit à ma tante : "Si j’ai le temps, je ferai une lettre et je la posterai sur Facebook ou ailleurs". Et ça aide beaucoup à ce qu’elle me dise tout ! J’ai beaucoup plus d’éléments sur l’histoire, plus de choses à raconter. Parce que la vraie histoire n’est pas forcément dans un livre, ce sont les anciens qui en parlent le mieux », confie Yuri Tan. Ces deux Malaisiens, attachés au devoir de mémoire, suivent régulièrement les polémiques en Malaisie autour des Kampungs. Le dernier débat en date portait sur l’inscription de ce village au patrimoine mondiale de l’Unesco. Une proposition sur laquelle des nationalistes malais se sont opposés. Pour Ding Eow Chai comme Yuri Tan, la possible inscription de leur village à l’Unesco est bien accueillie. « Oui, on pense que c’est une bonne idée, explique la Malaisienne. Et pas seulement pour les Chinois, mais aussi pour le passé des Indiens, des Malais… pas seulement les Chinois venant de Chine en Malaisie. » « Les gens connaîtront notre passé. Tu ne peux pas changer l’histoire. Ça concerne toute la Malaisie, ce n'est pas une histoire de "race". Tout le monde ou chaque État peut être éligible à une reconnaissance de l’Unesco », ajoute Ding Eow Chai. Au total, pendant l'état d'urgence malais de 1948 à 1960, près de 630 camps d'internement pour les Chinois avaient été installés en Malaisie par les colonialistes britanniques. À lire aussiLa Malaisie envisage une «diplomatie de l’orang-outang», déjà décriée |