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Description:
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Au Liban, la population passe par des montagnes russes émotionnelles depuis le début de la guerre à Gaza, et les combats à la frontière libano-israélienne qui lui sont liés. Des combats qui opposent le Hezbollah et l’armée israélienne. Mais jamais la crainte d’un conflit généralisé n’a été aussi forte que depuis l’assassinat d’un cadre militaire du Hezbollah, Fouad Chokor, tué dans une frappe israélienne dans la banlieue de Beyrouth, et celui du chef politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, à Téhéran – assassinats imputés à Israël. C’était le 30 et le 31 juillet. Retour sur quinze jours de fébrilité et de guerre psychologique. 31 juillet : une foule participe, dans la banlieue au sud de Beyrouth, la capitale du Liban, aux funérailles d’Hassan et Amira Fadlallah, 10 et 6 ans chacun. Frère et sœur, ils comptent parmi les cinq victimes civiles de la frappe israélienne contre un commandant militaire du Hezbollah, la veille. « Deux roquettes se sont abattues sur l’immeuble dans lequel les enfants se trouvaient, explique Mohamed Ballout, cousin éloigné des enfants. Cette frappe a été très forte, traumatisante. Mais nous vivons en guerre, et c’est une guerre ouverte. C’est la première fois, depuis le début de la guerre à Gaza, que la banlieue sud de Beyrouth est bombardée ainsi avec des morts de civils, et qu’Israël touche en profondeur l'Iran et le Liban. Nous allons voir la riposte. » Depuis, la fébrilité n’est pas retombée. Le Hezbollah et l’Iran ont juré de riposter contre Israël aux assassinats. Des avions de chasse israéliens ont franchi à de multiples reprises le mur du son au-dessus de Beyrouth, provoquant un bang semblable à une forte explosion. Dans ce climat de guerre psychologique, Ibrahim Mahbouba a quitté la banlieue sud pour Aley, une localité en altitude, proche de Beyrouth, jugée plus sûre. « Je me suis réfugié ici, à la montagne, avec ma famille, déclare-t-il. De ce que nous voyons, il n’y a ni pitié, ni humanité dans la guerre à Gaza. La communauté internationale est faible. Des armes jusqu’ici inconnues sont utilisées. Une guerre ici serait violente. Au Liban, on est passé de combats confinés à la frontière aux avions de chasse israéliens qui franchissent le mur du son au-dessus de Beyrouth et ailleurs. Les gens prennent leurs précautions. » Une centaine de familles déplacées se sont déjà installées à Aley. Les prix des locations ont flambé, certains se contentent de prospecter, dans l’attente. Dans le sud, près de 100 000 habitants ont dû quitter leurs maisons en raison des combats frontaliers depuis dix mois, et dans cette région, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a intensifié ses efforts. « Il y a une grande augmentation [des efforts, NDLR] en volume et dans la répartition géographique aussi, détaille Laetitia Nemmouche, coordinatrice santé du CICR au Liban. Préparation des hôpitaux, formation, donations de médicaments, d'équipement... Le personnel de santé est présent et, de ce qu'on a pu constater, montre une grande volonté d'être là, se sent très concerné. Toutes ces anticipations, ces stocks de contingence, c'est pour aider les hôpitaux et le personnel, pour contribuer à cet effort, pour anticiper un scénario un peu catastrophe... » De nombreux Libanais de la diaspora ont quitté le pays, après les mises en gardes des diplomaties occidentales. Ceux de l’intérieur sont plongés dans l’incertitude, et certains reportent des projets non essentiels. « Les gens ont annulé même leurs vols de tourisme hors du Liban, déplore Ghada Koussa, employée dans une agence de voyages. C'est à cause de la situation, ils ont peur de ne plus pouvoir retourner au Liban. » Les autorités de Beyrouth appellent à la fin de la guerre à Gaza, afin d’apaiser les tensions régionales et de permettre un retour au calme au Liban. À lire aussiStéphane Séjourné attendu au Liban dans un contexte explosif entre le Hezbollah et Israël |