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Description:
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Plus de 100 journalistes ont été tués à Gaza depuis le 7 octobre, selon les chiffres du Syndicat des journalistes palestiniens. Si certains ont été tués dans l’exercice de leur fonction, d'autres ont péri comme le reste des victimes gazaouies, chez eux, sous les bombes israéliennes. Témoignage à Jabaliya d’un photoreporter gazaoui. De notre correspondant à Jérusalem, Saïd Kilani, 39 ans, est photojournaliste indépendant. « Je suis reporter de guerre. Je couvre essentiellement l’actualité dans le nord de Gaza. J’ai refusé catégoriquement l’ordre émis par les forces d’occupation israéliennes, qui nous ont demandé de quitter nos maisons », explique-t-il. Le 13 décembre dernier, Saïd est arrêté par l’armée israélienne, puis relâché. « Ils m’ont gardé 14 heures. J’ai été torturé et humilié. Ils avaient tous les renseignements sur moi. Pour eux, être journaliste, c’est une menace. Ils m’ont arrêté alors que je couvrais la situation dans un hôpital. J’étais le seul photoreporter présent dans le nord de Gaza. » Selon Saïd, derrière son interpellation et le ciblage délibéré des journalistes gazaouis, se cache la volonté israélienne d’étouffer l’information. « Les soldats ont brûlé mes appareils photo, ma caméra, mon gilet pare-balle, mon casque et mon ordinateur portable. Je n’ai plus rien. J’ai tenté désespérément de récupérer mon disque dur, mais je n’ai rien pu sauver. » « Le jour du Jugement dernier »« Même si je n’ai plus de caméra pour documenter les atrocités que nous subissons, il me reste toujours ma voix pour raconter l’horreur », dit Saïd Kilani. « Je suis journaliste, je sais mettre des mots sur une situation pour la décrire avec précision. Je n’exagère pas : c’est le jour du Jugement dernier. Nous n’avons plus rien à manger. Il n’y a pas un crime que vous puissiez imaginer qui n’ait pas été commis, ici, dans le nord de Gaza. Comment nous faisons pour survivre ? La majorité des habitants du nord sont partis. Donc, nous pillons les maisons vides. Nous prenons tout ce que nous trouvons : du pain, de la farine, des légumes secs. Et nous passons comme ça, de maison abandonnée en maison abandonnée. Parfois, les gens attendent que les soldats israéliens quittent leur position, et vont récupérer leurs restes d’eau et de nourriture. » Saïd est père de trois enfants. Il y a dix jours, son aîné, Sajed, 16 ans, a été tué d’une balle dans le cou. « Abattu par un sniper israélien en pleine rue », affirme-t-il. « Je veux mettre mes autres enfants et ma femme à l’abri. Je veux vivre en sécurité, ailleurs qu’à Gaza. Ici, on n’a même plus d’eau potable. Nous voyons des larves d’insectes bouger dans l’eau que nous buvons. J’ai été contacté par la Fédération internationale des journalistes. Je leur ai demandé une protection ». Plus de 100 journalistes ont été tués à Gaza depuis le 7 octobre, selon les chiffres du Syndicat des journalistes palestiniens. Les deux derniers ont péri dimanche matin, dans une frappe attribuée à Israël alors qu'ils circulaient à bord d'une voiture dans le sud du territoire palestinien. Al-Jazeera accuse l'armée israélienne de « cibler » les journalistes palestiniens à Gaza. L’armée israélienne se justifie : « Nous ne ciblons pas les journalistes, mais nous ne pouvons pas non plus garantir leur protection. » |