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Dans dix jours aura lieu l'élection présidentielle taïwanaise. Un scrutin sur fond de menace d'invasion de la Chine communiste, qui revendique l'archipel. Aidé par le discours de Pékin, le parti d'opposition tente de faire de cette élection un choix entre la guerre et la paix. De notre correspondant à Taipei, Dans ce village de l'est de Taïwan, c'est week-end de permission pour ce jeune soldat. Ce soir, l'heure est à la fête, mais les menaces de la Chine s'invitent régulièrement dans les discussions. « Bien sûr que je suis inquiet. J'ai dit à mes enfants que si un jour, je ne reviens pas à la maison, il faudra qu'ils se protègent seuls. Mais je ferai tout pour défendre ma terre et ma famille », promet-il. Comme beaucoup des 200 000 soldats taïwanais, ce militaire est issu d'une des communautés autochtones de l'archipel. Lui espère que le prochain président continuera de renforcer la défense nationale. « Il y a du matériel qu'on achète nous-mêmes, car il est de meilleure qualité que celui fourni pas l'armée, poursuit-il. Pour l'instant, notre défense nationale a encore du chemin à faire, mais c'est normal parce qu'on ne fait que commencer. » Élu en 2016, le Parti démocrate progressiste a augmenté le budget de la défense et triplé la durée du service militaire. Dans ce lycée de Taipei, ces quatre lycéens terminent leur entraînement de basket-ball. Après leurs études, ils seront les premiers à devoir faire douze mois de conscription. « Je pense que cet allongement du service militaire était inévitable. Regarde, la Chine envoie chaque jour des avions pour nous harceler ! Donc, c'est normal qu'on se prépare ! », lance l'un d'eux. À lire aussiTaïwan : une réunification «inévitable», selon le président chinois Xi Jinping Tous disent soutenir la décision du gouvernement, mais seraient-ils prêts à se sacrifier pour Taïwan ? « Non ! Moi, je m'enfuirai. Même si on fait un an de service militaire, les soldats chinois sont beaucoup trop nombreux par rapport à nous. » Cette peur de la guerre est devenue l'argument principal du parti d'opposition. Le Parti nationaliste chinois appelle à reconnaître l'appartenance théorique de Taïwan à la Chine. « À cause du Parti démocrate progressiste, le monde entier s'inquiète du risque de guerre à Taïwan. Votez pour nous, c'est voter pour éviter que nos enfants aillent sur le champ de bataille ! », assure Hou Yu-ih, son candidat, lors de son grand meeting politique. Pourtant, ces efforts peinent à séduire les Taïwanais, à plus de 90% opposés à l'annexion chinoise. « Le Parti nationaliste chinois est perçu par les jeunes comme étant le parti le plus pro-Chine de Taïwan, observe Lev Nachman, chercheur à l'université Chengchi de Taipei. Ils s’inquiètent qu'en cas d'élection, il tente des négociations avec la Chine qui conduiraient à l'annexion de Taïwan. Donc, ils cherchent un candidat qui leur semble le plus à même de conserver la paix. Certains se tournent vers le parti au pouvoir, et d'autre vers le candidat du troisième parti, Ko Wen-je. » La peur de la guerre pourrait-elle aider l'opposition taïwanaise ? Réponse dans les urnes, le 13 janvier 2024. |