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Description:
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Au Japon, les conditions de travail ne cessent de se dégrader. C'est ce que révèle une vaste enquête qui vient d'être publiée et qui fait énormément de bruit dans l'archipel, car elle tord le cou à un cliché : non, le Japon n'est pas « le pays de l'infinie courtoisie ». Pour preuve, près de 70% des salariés se disent victimes de maltraitance au travail de la part de la clientèle avec qui ils sont en contact, victimes de harcèlement moral, voire, occasionnellement, de violences physiques. De notre correspondant à Tokyo, Dans cette taverne du centre-ville, les tarifs varient en fonction du degré de politesse des clients, au moment de commander, par exemple, si on lance un « Garçon ! Une bière ! », on paiera celle-ci au prix plein. En revanche, si on dit « Bonsoir. Une bière, s’il vous plaît », on a droit à un rabais et à une deuxième réduction si on ajoute un « merci » quand on reçoit sa consommation. Le gérant de l’établissement justifie ce nouveau règlement : « Ce n’était plus possible : nos employés se faisaient vraiment maltraiter. Donc, on s’est dit que le bien-être de notre personnel devait devenir notre priorité. » Une telle tarification à géométrie variable a changé la vie de ce jeune serveur : « Jamais un “bonsoir”, un “merci” ou juste un sourire... Me faire houspiller, voire engueuler à longueur de soirées : c’était pénible comme cadre de travail. » Des reproches aux crachats en passant par l’humiliationL’enquête sur la maltraitance dans le milieu professionnel cite des exemples effarants. Des reproches infondés, des propos sexistes ou dénigrants, des insultes, des injures ou des menaces, des gifles parfois et même des crachats. Certains clients exigent aussi parfois que les employés dont ils sont mécontents se prosternent en excuses devant eux. Ces Tokyoïtes qui travaillent respectivement dans un service après-vente, une société de taxis et une station-service ont, eux aussi, été confrontés à des clients grossiers, irascibles, odieux ou violents : « Les gens nous manquent vraiment de respect : tous les jours quasiment, il y a un incident. La direction a fini par installer des caméras de surveillance, ce qui nous rassure... », explique l’un d’eux. « “Accélère, mec, tu es lambin !”. C’est ce que me lancent des clients qui se mettent en colère, parce que je respecte les limitations de vitesse... », ajoute un deuxième. « Un jour, je me suis pris un “Crève, connard. T’es si nul, tu ne mérites pas de vivre” », se rappelle un troisième. Un immense stress à évacuerSelon cette responsable d’une association de prévention du harcèlement, une telle violence dans le monde professionnel s’explique par le stress – immense – généré par la culture d’entreprise japonaise. Qui est connue notamment pour sa rigidité, sa verticalité étouffante et ses rythmes de travail inhumains. « Les études montrent que les clients harceleurs sont en majorité des hommes et, plus précisément, des quinquagénaires ou des sexagénaires », détaille-t-elle. « Il n’y a pas de secret : au Japon, notoirement, c’est la tranche d’âge la plus pénible sur le plan professionnel. Ces gens vivent un enfer au boulot, donc ils évacuent leur stress en se défoulant sur d’autres salariés. Pour eux, c’est un peu un exutoire, si vous voulez... » Dans une récente étude comparative sur le bien-être au travail réalisée dans trente pays, le Japon arrive en dernière position : seuls 25 % des salariés se disent satisfaits en la matière. |