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Description:
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Au Japon, on s'apprête à passer à table : le réveillon va bientôt débuter. Mais le menu de cette Saint-Sylvestre risque d'avoir un goût un peu amer pour beaucoup de convives en raison de l'inflation. L'envolée du prix des produits alimentaires vient ébranler une tradition du Nouvel An à la fois gastronomique et religieuse. Une tradition très ancienne, qui remonte au 8ᵉ siècle. De notre correspondant à Tokyo, Au Nouvel An, à tout prix manger de la daurade. « Tai », en japonais, un mot qui renvoie aussi au terme signifiant « joyeux », « heureux ». Déguster du kazunoko aussi, des œufs de hareng parsemés de flocons de bonite séchés. Ce mot signifiant également « de nombreux enfants », ce plat symbolise la fertilité. Quant aux châtaignes confites recouvertes d'une pâte de patate douce, leur teinte dorée serait un gage de réussite financière. Les Japonais appellent les plats de ce type des osechi, c'est-à-dire des « mets auspicieux » que l'on mange à la fois pour accueillir comme il se doit les divinités de l'An neuf, car ils seraient de bon augure et assureraient une année à venir heureuse et prospère. Cette tradition remonte au début de l'ère Heian, il y a plus de 1300 ans. Les osechi, cette retraitée en raffole : « C'est bien de perpétuer une tradition aussi ancienne. En plus, tous ces petits plats sont délicieux, donc pourquoi s'en priver ? J'ignore si manger des osechi m'assure d'office une année de bonheur, de prospérité et de bonne santé, mais bon, sait-on jamais... Donc, oui, pour sûr, tout à l'heure, je vais manger des crevettes, par exemple, puisqu'elles seraient un gage de longévité ». Car la forme recourbée de ces crustacés rappelle le dos voûté des personnes âgées. Les déguster en début d'année assurerait donc une vieillesse heureuse et en bonne santé. Une tradition ébranlée par l'inflationMais l'envolée des prix des produits alimentaires rend ces osechi peu abordables. Par exemple, un couple avec un enfant qui, ce soir, souhaite manger de tels plats devra débourser en moyenne 26 000 yens, soit 160 euros. Les osechi devenus un luxe, une si vieille tradition menacée par l'inflation, cela ne laisse pas les Tokyoïtes indifférents. « Ces derniers mois, j'ai mis de l'argent de côté en prévision du réveillon afin de pouvoir m'offrir quelques-uns de ces petits plats même si l'inflation a rendu leur prix complètement déraisonnable. » « Moi, cette année, pour la première fois de ma vie, je vais devoir me passer d'osechi. Avec ma petite retraite, je n'arrive plus à suivre, là, financièrement... » « Ce soir, comme tous les ans, on mangera des osechi en famille. C'est le gage d'une belle année à venir, donc même si ça coûte un peu cher, autant entamer 2024 sous de bons auspices... » Dans les magasins cette année, on voit beaucoup d'osechi bas de gamme, importés de Chine. Ainsi que des invendus de l'an dernier, qui, depuis, ont été surgelés et sont commercialisés à prix cassés. Mais la plupart des Japonais font la grimace. Dès lors, beaucoup vont préférer puiser dans leurs économies ou se rabattre sur les rares osechi moins coûteux. Le surimi bicolore rouge et blanc, par exemple, qui rappelle le premier lever de soleil de l’année. Le rouge signifiant chasser les mauvais esprits et le blanc avoir un cœur pur. À lire aussiJapon: des cantines solidaires pour les enfants les plus démunis |