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Podcast: Reportage International
Episode:

Russie: l’opposition libérale face à la présidentielle

Category: News & Politics
Duration: 00:02:30
Publish Date: 2023-12-04 23:01:00
Description:

En Russie, la présidentielle va se tenir mi-mars, et Vladimir Poutine devrait se déclarer candidat à un 5ᵉ mandat d'ici à quelques jours. Le résultat du scrutin, de l'aveu même du Kremlin, ne soulève pas de doute. Mais le pouvoir tient à garder les apparences d'une compétition et va sélectionner des candidats autorisés à se présenter. Faut-il jouer le jeu et saisir une occasion de s'exprimer, au risque de légitimer un pouvoir qui empile à vitesse accélérée les lois répressives ? Le débat est particulièrement aigu cette année.

 

De notre correspondante à Moscou,

Tous les derniers jeudis soir du mois, ils peuvent se retrouver ici, dans les locaux moscovites du parti libéral Iabloko. Habitués depuis presque un an ou tout nouveaux, ils sont plusieurs dizaines dans une grande salle, assis par groupes à de grandes tables. Studieux souvent, bavards parfois, ils écrivent sur papier libre ou, plus souvent, au dos d'une carte postale à un prisonnier politique. Petites lunettes sur le nez, Elena Viktorovna participe à sa deuxième séance.

« Je suis retraitée, j'ai 70 ans. J'écris à l'artiste Sasha Skochilenko, qui est persécutée pour ses positions anti-guerre. Et de mon côté, je pense que ce qu'il se passe dans notre État est inacceptable, cette opération spéciale, puisqu'il faut l'appeler comme ça. Tous les gens à qui nous écrivons sont emprisonnés, justement pour leur désaccord avec cette politique de l’État, et avec ce qu'il se passe ». L’émotion passe sur son visage et elle ajoute : « Ma cousine vit à Odessa. Je commence chacune de mes journées, absolument chacune, avec les informations sur ce qu'il se passe là-bas ; et mes sentiments sont sans aucune ambiguïté. »

 

Ces Moscovites anti-guerre, ils sont loin d'avoir tous vu dans l'entrée des locaux, pour la première fois, des affiches du potentiel candidat du parti à la présidentielle, Grigori Iavlinski. Le congrès de Iabloko doit se prononcer ce week-end. L’issue pour les observateurs semble déjà scellée : les médias russes avaient déjà fait état il y a quelques semaines d’une rencontre de ce candidat avec Vladimir Poutine.

« Sur le principe, pour moi, ça ne rendra pas les choses pires qu'elles ne le sont déjà. Après, le pouvoir a les moyens d'obtenir le résultat qui lui convient », observe avec détachement Alexander, 40 ans. Ce cadre dans les ressources humaines ne manque aucune séance depuis le début. Il en est à sa 11ᵉ soirée et dit « suivre le sujet des prisonniers politiques depuis longtemps », plus exactement après les manifestations contestant le retour au pouvoir de Vladimir Poutine à l’hiver 2011-2012. « Une parente allait aux procès des manifestants, et elle transcrivait les échanges. Elle n’avait pas assez de temps pour le faire, alors elle m’avait demandé de l’aider. »

Aucun changement à l'issue de l'élection

« Au début, ces soirées attiraient des personnes qui étaient déjà liées à des différents groupes militants et de soutien », explique une des organisatrices, Anna Chatounovskaya-Burno, militante du parti. « Ici, nous accueillons des gens de gauche, des gens de droite... Iabloko est devenue une sorte d’arche qui accepte les gens quels que soient leurs points de vue, à partir du moment où ils soutiennent les prisonniers politiques. Il est important que chaque personne qui vient ici sente qu’elle n’est pas seule à être dissidente. Les gens qui viennent ici reçoivent une charge d’optimisme. »

« J'aime venir ici », dit Sergueï comme en écho. « Ça me fait du bien de voir qu’il y a des jeunes et des beaucoup moins jeunes, qui ne sont pas d’accord avec ce qu’il se passe. »

Pas facile dans une période où le pouvoir verrouille tout. Cet été, le porte-parole du Kremlin qualifiait l'élection présidentielle à venir « d'opération administrative qui coûte cher à l'État pour un résultat à 90% en faveur de Vladimir Poutine. »

Du haut de ses 17 ans, Anna, étudiante en design venue d’une petite ville à une centaine de kilomètres de Moscou, a décidé de ne pas se laisser impressionner. « Je suis radicalement opposée à ce qu'il se passe dans le pays, et je voudrais changer les choses par tous les moyens possibles. Mais comme il n'y en a pas beaucoup, je fais ce que je peux. J'apporte ici du soutien aux gens qui sont en prison à cause de ce qu'il se passe, et dans ma ville natale, je vais à des rassemblements politiques et je colle des autocollants anti-guerre, précise la jeune femme. Le renversement d'un gouvernement peut arriver quand le peuple réalise qu'il est chancelant, faible, qu'il a perdu la main et le contrôle. Une période électorale, c'est le meilleur moment pour cela. Moi, je crois que si on ne vote pas, alors on ne change jamais rien. »

Le pouvoir, lui, veut de la participation aux élections, mais aucune contestation, et surtout pas de la jeunesse.

Il y a quelques semaines, lors d'une interview au média étudiant d'une prestigieuse université de la capitale russe, Dmitri Peskov déclarait : « si ce n'est pas Poutine, ce sera un autre. Mais ce sera exactement le même ». Manière de souligner qu'il ne faut espérer aucun changement en Russie.

À lire aussiRussie: un fidèle du Kremlin nommé à la tête du Bolchoï

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