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En France, les deux textes sur la fin de vie et les soins palliatifs poursuivent leur parcours législatif. Examinées par la commission des affaires sociales du Sénat début janvier, les deux propositions de loi doivent désormais être débattues dans l’hémicycle à partir de ce mardi 20 janvier, avant un vote solennel prévu le 28 janvier. Ces deux propositions de loi sont examinées en parallèle. Une première plutôt consensuelle sur les soins palliatifs, et une autre, nettement plus sensible, sur la création d'une aide à mourir. Au sujet de la fin de vie, une question est rarement abordée : le ressenti des soignants face à la mort. À Paris, le docteur Isabelle Arbaret est médecin et chef de service à la maison médicale Jeanne Garnier, entièrement spécialisée en soins palliatifs avec une capacité d'accueil de 81 lits, 163 soignants dont 39 médecins. Comme les autres soignants, Isabelle Arbaret est confrontée quotidiennement à la mort, elle livre son témoignage. La maison médicale Jeanne Garnier n'a rien de morbide. C'est avant tout une maison pleine d'humanité. Le docteur Isabelle Arbaret est une femme douce. Elle a toujours travaillé dans les soins palliatifs et a accompagné des milliers de patients en fin de vie. Isabelle Arbaret explique comment elle appréhende la mort dans son quotidien professionnel : « C'est d'abord un métier. Donc, je suis médecin avant tout et donc je me dois d'être professionnelle et de savoir accompagner le patient et ses proches. Je ne suis pas seule. Là, c'est la force de l'équipe qui fait que nous pouvons tenir ensemble sur la durée, sur le long terme et pouvoir s'entraider les uns les autres. » Et quand cette entraide n'est pas suffisante, les soignants sont soutenus avec des groupes de parole et la présence d'un psychologue chaque semaine. Dans ce lieu de soins où la mort est inéluctable, Isabelle Arbaret n'est pas pour autant insensible aux décès. « Je suis là aussi pour apaiser, accueillir, accompagner et guider » « Bien sûr qu'il y a de l'affect. Bien sûr qu'il y a de l'émotion. Si je commence à pleurer chaque décès avec les proches et à faire des deuils successifs, ça va être trop difficile. Et, donc, je suis touchée, évidemment, par la peine, par la souffrance que j'entends et comprends. Mais je suis là aussi pour apaiser, accueillir, accompagner et guider. » La moyenne d’âge des patients est de 75 ans, mais il lui arrive aussi d’accompagner de jeunes personnes dans des situations de fin de vie. « Il y a parfois quelque chose de plus révoltant quand c'est une maman qui accompagne sa fille. Il y a quelque chose qui ne va pas dans l'ordre de la nature et qui est en effet déroutant et qui peut provoquer de la colère. Quand on sait que le patient ou la patiente va laisser derrière elle des jeunes enfants, c'est toujours extrêmement triste », reconnaît Isabelle Arbaret. À lire aussiDans la seule maison d'accompagnement de France, une fin de vie dans la dignité À la maison médicale Jeanne Garnier, la durée de séjour ne dépasse pas quinze jours. Parfois, il peut y avoir cinq décès dans une journée, mais cela ne freine pas l'engagement du médecin. « Au contraire, quand le temps est compté, on ressent, je pense, l'urgence de vivre et donc l'envie de vivre à fond. Et vous allez voir, ici, c'est au contraire très joyeux, beaucoup de rires, beaucoup de moments d'échanges, de communion. Et donc ce sont des moments extrêmement forts et puissants. Parce que la mort ce n'est qu'un moment précis. Et c'est ce moment suspendu où avant la personne était là et après elle n'est plus. Mais jusqu'avant son décès, elle est vivante jusqu'au bout. » Et vivante jusqu'au bout, elle l'est, cette dame aux cheveux gris qui lève la tête de son journal et vous adresse en signe d'au revoir un regard malicieux. À lire aussiFrance: le texte de loi sur la fin de vie de retour à l'examen à l'Assemblée nationale |