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Cheikh a été ce qu'on appelle un travailleur sans-papiers pendant plusieurs années. Soutenu par des associations et des syndicats, il s'est battu avec d'autres travailleurs étrangers dans la même situation que lui, pour enfin obtenir une régularisation. Rencontre. « RFI : Bonjour Cheikh, vous rentrez du travail ? Vous venez d’arriver ? Cheick : Oui, je viens juste de finir le travail. Je travaille chez Coallia, c’est une association qui vient en aide aux personnes un peu démunies, et moi, je travaille là-bas actuellement comme agent technique. » Cheikh, 33 ans, vient de loin car avant d'être embauché en bonne et due forme et d'être régularisé, il a été pendant sept ans un travailleur sans papiers. À l’issue d’un périple de 14 mois, le jeune Malien arrive clandestinement en France en 2017 après avoir traversé l'Algérie, la Libye, la Méditerranée et l'Italie, au péril de sa vie. Sans-papiers, il est condamné à travailler sous alias : « Travailler sous alias, c’est prendre les papiers de quelqu’un d’autre et travailler avec. J’ai travaillé avec les papiers de plusieurs personnes, je faisais la sécurité, je travaillais dans des bars. » Mais en travaillant sous une fausse identité, le jeune migrant risque à tout moment de se faire contrôler et renvoyer au Mali : « Déjà, c’est beaucoup trop stressant, on travaillait la peur au ventre parce que déjà, on a fait beaucoup trop d’efforts pour être là, donc on évite tout ce qui peut amener des problèmes. » Malgré la peur au ventre, il faut travailler pour vivre et se loger. Les alias, tout comme les employeurs, profitent de la situation irrégulière du jeune migrant : ces derniers le payaient à des tarifs horaires en dessous du minimum légal qui est d'un peu plus de 11 euros 50 de l'heure en France. « Cheikh : La première personne pour qui j’ai travaillé, elle me payait à six euros de l’heure, la deuxième, sept euros de l’heure, ça, c’était dans la sécurité. La dernière, c’était en 2020, et elle, elle me payait 8 euros de l’heure. RFI : Vous avez été régularisé il y a un peu plus d’un an, qu’est-ce qui change, entre la vie d’avant et la vie maintenant, avec les papiers ? La liberté. On peut faire nos courses nous-mêmes, on a notre argent sur notre compte. Parce qu’avant, l’argent arrivait où ? L’argent partait sur le compte des alias, il y a certains alias qui prennent tout, ou ils te donnent petit à petit, tu ne profites même pas de ton argent. Il y en a, ils te donnent quand ils veulent. Il y en a, ils ne te donnent même pas. Vous vous faites exploiter, en fait, par les alias ? Oui, par tout le monde. Le denier employeur nous payait chaque deux mois. Il nous payait déjà neuf euros [de l'heure], il est descendu à huit euros, il allait même descendre à sept euros. Rien n’était déclaré. » Maintenant qu'il est régularisé et qu'il perçoit sa paye sur son propre compte, Cheikh doit tout de même rembourser une dette de plusieurs milliers d'euros qu'il avait contracté afin de financer son voyage clandestin vers l'Europe |