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Description:
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Le Tour de France reprend ses droits ce mardi 18 juillet. Après la traditionnelle journée de repos, place à la 16e étape. Un contre-la-montre de 22 kilomètres entre Passy et Combloux, au pied du Mont-Blanc. Un décor superbe, mais les coureurs risquent aussi d'avoir très chaud. Eux qui vont traverser la vallée de l'Arve, tristement étiquetée comme l'une des plus polluées de France, après avoir goûté au grand air des montagnes à Saint-Gervais dimanche, attention à la quinte de toux... « C’est la première fois que le Tour de France reste quatre jours au même endroit ! , se réjouit Jean-Marc Peillex, le maire de Saint-Gervais. « C’est une reconnaissance, on est d’abord une ville de bien-être ». C’est vrai que la commune a des airs de carte postale entre les montagnes du Mont-Blanc, les thermes et les nombreuses activités prévues pour fêter le passage du Tour. Mais ce petit coin de paradis surplombe une vallée tristement célèbre pour sa pollution. « C’est effectivement très pollué, car c’est un fond de vallée », poursuit le maire. « La pollution reste, stagnante. Mais on ne peut pas appuyer sur un bouton magique pour la faire disparaître. Le bassin de Grenoble, celui d’Annecy, Paris… C’est encore plus pollué que chez nous ! On ne parle que d’ici, car on est au pied du Mont-Blanc, et le Mont-Blanc ça fait parler. On ne peut pas arrêter la vie. » 85 morts par anLa vie continue, et le Tour de France aussi. Il passera par Passy, au cœur de la vallée, sous les yeux de Mallory Guyon, habitante de la commune. Cette médecin généraliste est aussi membre du collectif Coll’air pur, qui lutte contre la pollution dans la région. « J’ai commencé à me poser des questions sur la qualité de l’air car mes propres enfants tombaient malades », détaille-t-elle. « Un de mes petits faisait des petits faisait des bronchiolites à répétition, de sa naissance à ses 18 mois. Environ toutes les 6 semaines ! Un de mes collègues a été un lanceur d’alerte sur la qualité de l’air dans la vallée, et aujourd’hui on sait (selon Santé Publique France) que cette pollution provoque 85 décès chaque année. Les enfants sont aussi victimes de trachéite. C’est une grosse toux, qu’on appelle ici « la toux de la vallée ». Je ne suis pas contre le Tour de France, il faut qu’il continue. Mais pour ça je milite pour que l’air reste respirable. Pour nos enfants et pour nos sportifs aussi. Protégeons aussi la santé des coureurs du Tour, c’est tellement important ». Des enfants à l’honneur dans les rues de Saint-Gervais, qu’Arnaud Boulanger observe avec le sourire. « C’est vraiment chouette de voir des jeunes sur des vélos, et là il y en a vraiment beaucoup ! C’est important de favoriser les mobilités douces », apprécie cet habitant. Spécialiste de la pollution automobile et consultant en transition énergétique, il s’intéresse particulièrement aux causes de la pollution dans la vallée. « Le plus gros de la pollution vient du recyclage des ordures et des déchets ménagers, avec l’incinérateur qui est au pire endroit, juste avant la montée vers Chamonix. Il y a aussi l’industrie, le chauffage à bois et le transport routier avec les camions qui passent par le Mont-Blanc. Tout cela crée une bulle, dans cette grande baignoire qu’est la vallée. Et quand il n’y a pas de vent, les particules s’accumulent. » Tramway et télécabine gratuitsEn cet été caniculaire, le vent se fait rare, et le mercure monte. Ce qui ne devrait pas faire les affaires des coureurs du Tour : « On est dans une période très chaude ! Les pauvres ont eu une semaine alpine terrible, avec des températures records. Je sais que certaines personnes ne croient pas au réchauffement climatique, mais ici on le sent bien. Les glaciers fondent, les températures montent à plus de 33 ou 34 degrés même à plus de 1000 mètres d’altitude… C’est du jamais vu. Et les sportifs en souffrent, eux aussi subissent la pollution. » Et le passage du Tour de France ne devrait pas arranger les choses : « il y aura un pic pendant quelques semaines, à cause de la concentration humaine », poursuit Arnaud Boulanger. « Mais la majorité de la pollution du Tour, c’est à cause de tous les touristes qui viennent en voiture voir le passage des coureurs. En volume ce n’est pas à cause de la caravane, c’est le public, c’est clair. Si tout le monde restait devant la télé, il y aurait beaucoup moins de pollution. Ça serait beaucoup moins sympa c’est clair, mais c’est ça qui fait que ça pollue. » Pour autant hors de question de se priver du Tour de France dans la région, comme ont pu le faire des villes comme Grenoble ou Lyon. Le maire de Saint-Gervais Jean-Marc Peillex essaye d’ailleurs lutter contre la pollution à son échelle : « pour le Tour, on a offert le tramway du Mont-Blanc à tout le monde ! C’était non-payant. Les télécabines pour monter voir l’arrivée de l’étape de dimanche, c’était gratuit aussi. C’est électrique et non-polluant. 9000 personnes l’ont utilisé, et ça a remplacé les voitures. Voilà ce qu’on sait faire dans la vallée du Mont-Blanc. On vient aussi d’installer des micro-capteurs partout dans les 10 communes de la vallée, pour savoir ce qu’on respire. On le doit aux habitants ». Un air pollué, mais décortiqué : un institut éco-citoyen va ouvrir sur la commune. Pour mieux connaître ces particules loin d’être élémentaires… |