Search

Home > Invité Afrique > Libye: «La France essaie de jouer sur les deux tableaux»
Podcast: Invité Afrique
Episode:

Libye: «La France essaie de jouer sur les deux tableaux»

Category: News & Politics
Duration: 00:07:32
Publish Date: 2018-12-23 20:00:00
Description: En Libye, les élections prévues le 10 décembre n'ont pas eu lieu, malgré les engagements pris lors du sommet du 29 mai dernier à Paris. Aucune élection non plus n'est en vue en 2019. À la place, l'ONU propose l'organisation, le mois prochain, d'un Congrès national inclusif. Est-ce réalisable ? L'analyse de Moncef Djaziri est maître d'enseignement et de recherches à l'Institut d'études politiques internationales de Lausanne, en Suisse. Pourquoi les élections qui étaient prévues le 10 décembre dernier n’ont pas eu lieu ? Moncef Djaziri : Elles n’ont pas eu lieu parce que le référendum sur la Constitution n’a pas pu être organisé. Donc l’annonce péremptoire qui a été faite par les Nations unies et son représentant en Libye, monsieur [Ghassan] Salamé, n’a pas été suivie d’effet. Elle ne sera pas suivie d’effet de sitôt. Est-ce que ce retard n’est pas dû aussi aux violents combats qui ont fait rage à Tripoli pendant plusieurs semaines ? Oui, les conflits qu’il y a eu en effet entre les milices à Tripoli, et cela montre que des élections ne peuvent avoir lieu que dans la mesure en effet où il y a une certaine démilitarisation des milices. Du coup, cela montre bien la complexité de la situation parce qu’il ne suffit pas en effet d’annoncer des élections pour que celles-ci puissent être organisées sans autres problèmes. Est-ce que les fractures se sont aggravées, y compris dans l’Ouest entre les milices de Tripoli et de Misrata par exemple ? Les fractures entre les milices de Misrata et de Tripoli, oui. Ces milices donnaient l’impression à un moment donné en effet de pouvoir s’entendre. Mais dès qu’on s’attaque aux intérêts des uns et des autres, évidemment les uns et les autres se rebiffent. Mais je pense qu’il y a aussi le conflit qui oppose l’Est et l’Ouest à propos du pétrole, ce qu’on peut appeler en effet une «fracture pétrolière». Les gens de l’Est, considérant que les ressources se trouvent essentiellement sur leur territoire, en revendiquent une bonne part, et revendiquent également une part importante dans le pouvoir politique. Alors que du côté de l’Ouest, Tripoli et Misrata en particulier, ils estiment en effet que, la proportion la plus importante de la population se trouvant sur leur territoire, il leur appartient d’exercer une influence déterminante sur les décisions. Est-ce qu’en réalité, le Premier ministre de Tripoli, Fayez al-Sarraj, et l’homme fort de Benghazi, le maréchal Khalifa Haftar, n’ont pas peur des élections ? Sans doute, parce que d’abord cela ne leur garantit rien du point de vue d’un succès éventuel, mais c’est surtout parce que les élections risquent d’envenimer les conflits et de les exacerber. Le 29 mai à Paris et les 12 et 13 novembre à Palerme, deux conférences internationales se sont penchées sur la Libye. Est-ce que les voisins et les grands peuvent apporter la solution ou au contraire peuvent jeter de l’huile sur le feu ? On voit bien les intérêts contradictoires, aussi bien des voisins que des grandes puissances, c’est-à-dire qu’on voit bien que les intérêts de l’Italie, ce sont à la fois des intérêts géostratégiques et économiques. L’entreprise nationale italienne du pétrole était très influente, elle l’est encore. Et n’oublions pas la question de la reconstruction de la Libye, outre la question de l’immigration pour l’Italie. D’où le soutien du gouvernement de Rome au Premier ministre de Tripoli, Fayez al-Sarraj ? D’où le soutien en effet au gouvernement Sarraj, le soutien également aux gens de Misrata. Alors la France essaie de montrer qu’elle peut avoir une influence positive par rapport à la période Sarkozy et ce qui s’est passé en 2011. Et puis bien entendu, elle essaie de s’assurer des intérêts économiques… Et la France est plutôt pour Fayez al-Sarraj à Tripoli ou pour le maréchal Khalifa Haftar à Benghazi ? Bien entendu, elle soutient Sarraj parce que c’est le gouvernement internationalement reconnu, mais en même temps, elle soutient le pouvoir à l’Est. Elle reconnaît le Parlement de Tobrouk. Elle entretient de bonnes relations avec le maréchal Haftar et donc, elle essaie de jouer sur les deux tableaux. Et la Russie, a-t-elle choisi son camp ? Je pense que la Russie laisse entendre en fait qu’elle n’a pas choisi son camp. On voit bien qu’elle penche davantage du côté de l’Est parce que c’est de ce côté qu’on tend davantage la main. Donc elle pense pouvoir exercer l’influence en Libye en soutenant le pouvoir à l’Est et celui du maréchal Haftar. Vous avez vu comme moi les différents voyages du maréchal Haftar à Moscou, le dernier déplacement du président du Parlement de Tobrouk à Moscou. Parmi les pays du Moyen-Orient, y a-t-il deux axes : d’un côté la Turquie et le Qatar, et de l’autre l’Egypte et l’Arabie saoudite ? Alors, il y a en effet deux axes. Il y a l’axe Russie-Arabie saoudite-Emirats arabes unis, des pays qui ne sont pas forcément d’accord sur tout, mais leur position converge pour soutenir l’Est, le maréchal Haftar en particulier ; de l’autre côté, vous avez très clairement le Qatar et la Turquie, le Qatar n’a jamais cessé d’apporter son soutien aux milices islamistes, soutien financier, militaire. Le Qatar et la Turquie, la Turquie qui soutient clairement les islamistes de Misrata et de Tripoli. D’ailleurs, le président du Haut conseil d’Etat [Khaled Al-Mishri], qui est donc la deuxième chambre en Libye, est un islamiste et voyage régulièrement en Turquie. Un bateau a été arraisonné récemment en provenance de Turquie, transportant des armes et des munitions à destination de la Libye. A destination de quelle Libye ? La Libye de l’Ouest, Tripoli et la région de l’Ouest. Pour sortir de cette impasse internationale, l’envoyé spécial de l’ONU, le Libanais Ghassan Salamé, veut organiser le mois prochain, en janvier, un congrès national inclusif, y compris avec des Kadhafistes, pourquoi pas. Qu’en pensez-vous ? En effet, le congrès national apparaît comme la solution miracle. Et à mon avis, cela va être très laborieux. D’abord comment coopter les membres de ce congrès ? Et en fonction de quels critères ? Et qu’en est-il des Kadhafistes, s’agissant de leur degré de représentation ? Et lorsque ce congrès aura été organisé, qu’en est-il de l’actuel Parlement de Tobrouk ? Est-ce que ce Parlement sera définitivement caduc ? Quel sera le rôle politique de ce congrès ? Est-ce que ce congrès sera appelé à s’institutionnaliser ? Oui, mais est-ce qu’il ne vaut mieux pas un congrès que rien du tout ? Bien entendu, il est plus constructif de réunir les gens et de leur permettre de discuter que de leur donner l’opportunité de s’entredéchirer. Mais d’un autre côté, il faut encore assurer un débouché, une perspective à ce congrès. Faute de quoi, il sera aussi décevant que les autres parce que nous n’avons pas parlé de l’accord politique de Skhirat [en 2015] dont on fête le troisième anniversaire ces jours-ci. Vous voyez les déceptions qu’il a laissées. Oui, mais c’était au Maroc, alors que le prochain congrès aura lieu en terre libyenne… C’est un fait pour le moment, mais nous ne le savons pas encore, parce qu’en terre libyenne, c’est ce qui est souhaité par les uns et par les autres, c’est-à-dire par les Libyens comme par les Nations unies. Mais faut-il encore qu’il y ait les conditions de sécurité. C’est un défi sécuritaire ? C’est un défi sécuritaire et c’est aussi un défi politique. Mais, selon vous, y a-t-il une alternative à ce congrès ? A mon avis, il faudra repartir sur de nouvelles bases. On voit bien que l’accord politique ne résout rien. On voit bien que les institutions que l’accord politique a créées ne fonctionnent pas. On voit bien que le référendum constitutionnel n’aura pas lieu de sitôt. Et pour organiser les élections, il faut une loi électorale. Pour qu’il y ait une loi électorale, il faut savoir à quoi on se réfère, c’est-à-dire à quelle Constitution. C’est un peu le cercle vicieux dans tout cela. Et à un moment donné ou à un autre, il faudra bien repenser l’ensemble et repartir sur de nouvelles bases pour une nouvelle période de transition, avec un nouveau conseil présidentiel pour les trois régions, avec un gouvernement de technocrates qui aura la charge de relancer l’économie, de pacifier le pays, de reconstruire des institutions. Et ce scénario implique forcément le remplacement de l’actuel représentant de l’ONU qui, il faut bien le reconnaître, a échoué finalement puisque, jusqu’à maintenant, il n’a atteint aucun des objectifs qu’il s’était lui-même fixés.
Total Play: 0

Users also like

2K+ Episodes
Choses a Sav .. 900+     90+
1K+ Episodes
Accents d'Eu .. 60+     10+
600+ Episodes
L'humour sur .. 200+     10+
600+ Episodes
Change ma vi .. 19K+     1K+

Some more Podcasts by France Médias Monde

300+ Episodes
7 JOURS EN F .. 900+     100+
2K+ Episodes
Reportage Fr .. 500+     50+
500+ Episodes
REPORTERS 30+     5
800+ Episodes
FOCUS 50+     5
800+ Episodes
Géopolitiqu .. 800+     100+
1K+ Episodes
Grand report .. 1K+     80+
400+ Episodes
UNE SEMAINE .. 70+     10+
100+ Episodes
Afrique pres .. 6     8