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Le polémiste souverainiste Eric Zemmour a fait parler de lui cette semaine, en considérant qu’être enfant d’immigré et porter un prénom étranger était « une insulte à la France ». La chaîne Paris Première a aussi été mise en demeure après d'autres propos du polémiste sur l’immigration en début d‘année 2018.
Pour Eric Zemmour, les socialistes ont eu tort en 1993 d’accorder le droit de donner aux enfants des prénoms étrangers. Dans l’émission « Salut les Terriens », le 16 septembre, sur C8, il développe cette thèse, qui n’a pas varié depuis six ans. Les prénoms issus du calendrier des saints, dit-il, favorisent l’assimilation des populations immigrées. Mais voilà qu’il ajoute que la chroniqueuse qui l’interpelle, Hapsatou Sy, aurait dû être prénommée Corinne et, pire, que son prénom est une « insulte à la France ». La déclaration fait scandale. D’une part parce qu’elle stigmatise une femme non pour ce qu’elle dit mais pour ce qu’elle est, c’est-à-dire à travers son prénom, ses origines, sa culture. Ensuite, parce que c’est comme si toute une population de gens portant un prénom étranger était qualifiée d’ennemie de la nation. Ce n’est pas seulement une ineptie, au regard des Français célèbres, les Pablo, Lino, Vladimir, Elsa ou Tahar. C’est aussi inacceptable, à l’heure même où des forces politiques agitent en Europe la peur de l’étranger.
Alors que faire ? Ces propos ayant été tenus sur le plateau mais coupés au montage, et divulgués à travers une vidéo amateur sur internet, le Conseil supérieur de l’audiovisuel ne peut pas faire grand-chose. Il ne s’est pas privé, en revanche, de mettre en demeure Paris Première à propos de l’émission Zemmour et Naulleau pour des propos stigmatisants, tenus en janvier, à l’égard des migrants de confession musulmane. Le polémiste déniait à ces migrants le droit à l’asile du fait qu’ils contribueraient au « grand remplacement » de la population française, une vision assez complotiste professée par l’écrivain Renaud Camus, proche de l’extrême droite.
Eric Zemmour a été par deux fois condamné pour provocation à la haine religieuse. Le CSA a plusieurs fois mis en demeure les médias qui lui tendaient généreusement leurs micros de maîtriser leur antenne. Ce qu’on a pu entendre ? Que les migrants étaient des « envahisseurs » ou que l’Europe était victime d’une « invasion ». Qu’il était normal de discriminer dans une société. Ce sont là des idées d’une extrême droite qui ne dit pas son nom.
Faut-il pour autant interdire Zemmour des médias comme le demande une pétition d’Hapsatou Sy signée par plus de 50 000 internautes. Surtout pas, ce serait faire son jeu, sur la victimisation du quinqua blanc qui va à rebours de l’idéologie du métissage. Après, les médias doivent lui opposer des experts, et ne plus abuser du Zemmour. Et non se complaire dans des invitations qui sonnent comme des promesses irresponsables de clash et d’audience. |