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Podcast: Grand reportage
Episode:

Inde: le Kerala, terre rouge en pays safran

Category: News & Politics
Duration: 00:19:30
Publish Date: 2023-02-13 11:10:03
Description: C’est un État souvent érigé en modèle. Le Kerala, dans le sud-ouest de l’Inde, caracole en tête de tous les indicateurs de développement humain. La santé et l’éducation y sont gratuites. Et au Kerala, les Hindous, musulmans et chrétiens cohabitent en toute quiétude. Pourtant, le modèle a ses limites. Réélus, lors des législatives de 2021, les communistes veulent aujourd’hui séduire la classe moyenne et prouver que leur alternative laïque et égalitaire peut s’inscrire dans l’Inde du XXIe siècle.  De notre correspondant à Bangalore, Côme Bastin avec Ashik Sumakaran  Ce jour-là, à Trivandrum, la crème du Communist Party of India célèbre les 70 ans de la maison d’édition marxiste Prabhat. « Bienvenue au Kerala, Camarade. Vous savez, les communistes ont été acteurs majeurs de l’Indépendance de l’Inde », nous aborde C. Divakaran.  « Influencés par la révolution russe de 1917, nous avons défait les monarques, redistribué les terres, instauré l’éducation gratuite, et la santé pour tous, s’enthousiasme cet ancien ministre de l’Agriculture. C’est pour ça qu'aujourd'hui les Kéralais ont l’espérance de vie la plus longue d’Inde ! » Octobre rouge, Camarade, Révolution… Un lexique qui peut surprendre… comme les drapeaux rouges, les portraits de Marx et de Staline dans les rues. Mais c’est bien par les urnes que les communistes sont arrivés au pouvoir au Kerala. En alternance avec le Parti du Congrès de Gandhi, ils y ont appliqué des politiques résolument de gauche.  « Ici, le salaire minimum pour un ouvrier est de 800 roupies par jour. Dans le Gujarat, l'État de Narendra Modi, c’est 300 roupies. Beaucoup pensaient qu’un tel modèle allait freiner la croissance, décrit Thomas Isaac, ancien ministre des Finances. Au contraire, le PIB par tête du Kerala est supérieur au reste du pays. » Les chiffres lui donnent raison. Le Kerala bénéficie du plus haut taux d’alphabétisation à 97 % et de l’espérance de vie la plus longue, à 76 ans. Récemment, c’est dans le domaine de la santé que le Modèle du Kerala a fait parler de lui. Nous roulons jusqu’au village de Poozhanad pour visiter un centre de santé publique. À l’accueil, Vinod Kumar et sa femme ont pris rendez-vous en ligne. Ils présentent leur carte « eHealth ». Celle-ci contient les données de santé de leur fille et lui afin d'être pris en charge immédiatement. « Au Kerala, grâce aux centres de santé familiaux, c’est beaucoup plus facile pour les villageois d’accéder aux traitements, explique le docteur Vinoj, 43 ans, en charge de l’établissement. Avec sa carte, monsieur reçoit des soins à hauteur de 350 euros par an. Nous avons aussi des infirmières qui visitent les domicile. » On trouve dans le Kerala quelque 500 centres de santé comparables. Hématologie, en biochimie ou neurologie : la gamme de soins qui y est dispensée est impressionnante. Ce maillage sanitaire a permis de mieux tester, tracer et isoler la population lors du pic du Covid.  « Où est le hic ? », se demandera le sceptique. « Nous avons la dette la plus élevée de tous les États indiens, parce que les communistes ont tendance à trop dépenser, alerte Shashi Tharoor, célèbre diplomate devenu député du parti du Congrès dans la capitale Trivandrum. Nous n’avons quasiment pas d’industrie. Nous avons le taux de chômage le plus élevé en Inde pour les jeunes : 40 % ! » « La bureaucratie entraîne la fuite des cerveaux du Kerala vers des contrées plus capitalistes », regrette Raghuchandran Nair, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie. « Même si la situation s’améliore ». Conscient de l’urgence de séduire la jeunesse, le gouvernement communiste a en effet lancé un des plus grands incubateurs technologiques d’Inde. À Cochin, les gratte-ciel poussent, signe que la classe moyenne trouve racine. Le succès de la Biennale d’art contemporain, plus grand festival du genre en Asie, participe aussi de ce nouveau souffle.  « Dans ce quartier, il y avait beaucoup de dépôts d’épices pour les bateaux. Mon rêve était d’y construire un village artistique, raconte Firoz Baba, artiste de 50 ans. Depuis la biennale, artistes et acheteurs du monde entier affluent. On a ouvert treize galeries dans ce bâtiment ! » Une réussite que les communistes aiment revendiquer. Mais pour Shashi Tharoor, le « modèle du Kerala » n’est l'apanage d’aucun parti. « Au XIXe siècle, le niveau d'inégalité était absolument terrible au Kerala. La société du Kerala a donc vu naître des intellectuels réformateurs et anti-castes. La culture égalitaire et communiste y a puisé ses racines. » Au-delà des partis, le Kerala est porté par sa société civile. On y trouve le plus grand nombre d’ONG par habitants. Ici, 26 % de musulmans et 18 % de chrétiens cohabitent en paix avec les hindous. Le parti nationaliste BJP de Narendra Modi a d’ailleurs perdu son unique siège au sein de l'Assemblée en 2021. « Le problème, c’est que les Keralais réfléchissent trop », a justifié le malheureux candidat.      
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