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Description:
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Peu de préfets en France sont autant que lui concernés par la question des inégalités. Jean-Christophe Parisot de Bayard est préfet en mission de service public dans le domaine de l'exclusion. Préfet et handicapé. Atteint d'une forme de myopathie, l'alpha-sarcoglycanopathie, il combat chaque jour une maladie évolutive qui lui fait perdre progressivement l'usage de ses muscles. Un jour, sa grand-mère lui a dit: "Ce qui compte ce n'est pas le nombre des années que l'on vit mais ce que l'on en fait."
©Jean-Christophe Parisot
Jean-Christophe Parisot est un résistant. D'abord parce que son grand-père - Jean Parisot, résistant mort en déportation en 1944 - lui en a transmis l'esprit. S'il avait connu ce petit-fils devenu préfet, sans doute aurait-il trouvé en lui des liens plus forts encore que ceux du sang. "Je suis un résistant quotidiennement contre la maladie, contre la souffrance, contre l'injustice..."
Car il a beau porter l'uniforme, il arrive à Jean-Christophe Parisot de voir dans le regard de ces hauts-fontionnaires "qui se croient premiers de la classe" une "panique" devant le handicap. S'ils l'écoutaient parler de sa maladie comme il le fait au micro de Thierry Lyonnet, sans doute cela éveillerait-il en eux une plus grande intelligence du coeur. Quand en effet il parle de son chemin "de très grande pauvreté", il n'y a pas d'angélisme dans ses propos ni de misérabilisme. Avec sa femme Katia, qu'il a rencontré au lycée, ils partagent un quotidien auquel il faut dire "oui" chaque jour.
©Jean-Christophe Parisot
Choisir de faire de la maladie non pas une "malédiction" mais une "bénédiction". Au risque de choquer, Jean-Christophe Parisot parle de son handicap comme d'une "chance". Il le reconnaît, "cela peut scandaliser", mais sa façon d'inverser le sort c'est une manière de considérer tout ce que sa situation lui permet de vivre. Certes, il a fallu passer par le deuil et la révolte, lui qui a perdu progressivement l'usage de ses jambes, puis de ses bras, de ses mains, de ses poumons.
"Je crois que l'être humain est quelque chose d'extraordinaire,
c'est une merveille et si on ne la protège pas cette merveille on se condamne collectivement."
Résistant, Jean-Christophe Parisot l'est aussi contre tout ce qui "abime" l'être humain. Que ce soit le préfet qui parle, ou celui qui est devenu à 35 ans "et un jour" le plus jeune diacre de France, son discours s'adresse à tous quand il évoque les dérives possibles de l'euthanasie et les dangers du transhumanisme. N'y a-t-il pas en effet une responsabilité de chacun à rester vigilant?
©Jean-Christophe Parisot
Il ne mêle en aucun cas sa mission de préfet et son rôle de diacre de l'Eglise catholique, car il respecte trop la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Mais ce qui frappe pourtant c'est la cohérence et l'unité de vie qu'il recherche et revendique. "Je suis stupéfait de voir comment nos contemporains ont une vie cloisonnée par étapes." Résistant et engagé, cet homme en fauteuil roulant au service de la collectivité porte sur son uniforme de préfet la feuille de chêne, symbole de la force brodé au fil d'or.
En 2012, Jean-Christophe Parisot a reçu l'autorisation officielle d'associer à son nom celui de son ancêtre, Bayard. Le célèbre chevalier "sans peur et sans reproche" est l'image même des valeurs de la chevalerie française. Son destrier à lui c'est quatre roues "et non pas quatre pattes", comme il le dit avec humour. "Servir c'est se mettre au niveau de l'autre, c'est accepter de se diminuer pour que l'autre grandisse". Des paroles qui ressemble fort à celle d'un certain Jean l'évangéliste, ce disciple qui annonçait le Christ.
Entretien réalisé en mai 2016. |