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Description:
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Tout commence par une petite bibliothèque de trois étages, au fond d'une classe d'une école de campagne. Le petit Christian Signol y découvre, âgé d'une dizaine d'années, la poésie de Victor Hugo. Une rencontre avec l'émotion du papier et des livres, qu'il s'appliquera à conserver toute sa vie durant.
Christian Signol est un enfant des champs et des bois. « Petit j'allais dans les prés, les rivières, on avait tout le temps les pieds dans les ruisseaux ». Le contact avec le monde naturel lui est indispensable. Principalement élevé par des grands-parents aimants et généreux, l'épreuve de la pension pour le lycée, à Brive-la-Gaillarde, lui est extrêmement douloureuse. « Une déchirure cruelle », précise-t-il.
Ainsi, la nature, toujours vivante derrière les murs qui l'enserrent alors qu'il est élève, devient sa compagne imaginée qu'il ressuscite sur des pages. L'écriture lui permet de s'évader de ce lycée d'avant 1968, qu'il vit comme une prison, avec ses punitions, ses privations de sorties. « J'ai commencé à écrire pour me réattribuer ce monde naturel que j'avais perdu ».
La famille, source d'inspiration
"Qu'est-ce que le destin sinon la densité de l'enfance?"
L'écrivain n'a de cesse de rendre hommage aux générations qui l'ont précédé, notamment ses grands-parents qu'il évoque avec tendresse. Son grand-père maternel, boulanger de profession, fut gazé pendant la guerre. La farine lui étant devenue intolérable, il loue un pré, avec quelques vaches. Une vie sobre, mais ô combien forte de valeurs dont Christian Signol fait l'éloge : « Ils m'ont transmis le goût du travail bien fait, le courage. J'ai appris à leurs côtés la bonté, le travail dans le silence. J'ai vécu avec eux les heures les plus précieuses de mon enfance ».
Cette enfance perdue, l'auteur la recherche dans ses oeuvres. Le petit garçon qui courait dans les champs n'a pas réellement disparu. Christian Signol cite Jim Harrison : « Qu'est-ce que le destin sinon la densité de l'enfance ? » Une formule qui paraît tout à fait adaptée à cet adulte au regard constamment tourné vers ses jeunes années.
Afin de subvenir aux besoins de sa famille puisque marié jeune, Christian Signol a longtemps travaillé au sein de l'administration de la ville de Brive. Pour autant, il désire très tôt devenir écrivain. Tel un paysan qui connaît le fruit du labeur et les mauvaises récoltes, il écrit nombre de manuscrits refusés entre ses 20 et 30 ans. Ensuite vient la belle moisson : en 1984, il parvient à se faire éditer dans une grande maison parisienne. Enfin, les graines semées ont donné récompense...
Un écrivain en quête de son enfance
Chaque matin, Christian Signol se place devant sa table et écrit, deux heures durant. Ensuite, il lui faut sortir à l'air libre : « Cela me permet de me recharger en couleurs et en images. Sinon, dans une pièce froide, on a vite fait de s'assécher ».
Son dernier roman évoque la guerre, la violence de son irruption dans le quotidien joyeux de trois amis. Les personnages font l'épreuve de l'engagement, afin de défendre l'harmonie du paradis perdu. Une forme de transposition du vécu de l'écrivain, sans cesse en quête de son enfance lumineuse et champêtre.
"On ne peut bien écrire que ce que l'on connaît"
La guerre, Christian Signol en a longuement entendu parler. Par son grand-père, pour la première, par son père, engagé dans la Résistance, par son frère, parti pour la guerre d'Algérie. « On ne peut bien écrire que ce que l'on connaît », précise l'auteur.
« Je suis né avec le livre, devant le livre », souligne Christian Signol. « Mes petits-enfants sont nés devant un écran. C'est une révolution comparable à celle de l'imprimerie. On n'est plus dans la civilisation de l'écrit, on est dans celle de l'image. Je crois que dans cinquante ans, il n'y aura plus de livres ».
Les livres, la nature, deux passions qui animent Christian Signol et ont construit l'homme qu'il est aujourd'hui, auteur d'une quarantaine de romans, amoureux éternel d'un monde rural en survie. Toutefois, ce qui compte réellement pour lui, ce sont ses enfants et l'héritage littéraire et mémoriel qu'il leur laissera : « Pour pousser haut, les arbres ont besoin de racines vigoureuses ». Nul doute que les feuillages de la forêt d'histoires de Christian Signol bruisseront encore longtemps pour raconter la vie d'avant à ceux qui voudront l'entendre. |