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Podcast: Reportage France
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«Je n'arrive plus à enseigner»: l'absence d'AESH fragilise l'école inclusive

Category: News & Politics
Duration: 00:03:35
Publish Date: 2026-03-30 22:02:04
Description:

En France, ce mardi 31 mars est une journée de grève, dans l’Éducation nationale, contre les suppressions de postes et pour la revalorisation des salaires. Et il n'y aura pas que des enseignants dans la rue. Les accompagnants d'élèves en situation de handicap (dits AESH) manifestent aussi pour dénoncer l'état de délabrement de la médecine scolaire. Leur rôle est essentiel dans les classes pour permettre l'intégration des enfants avec des troubles d'apprentissage ou des handicaps lourds. En Seine-et-Marne, près de Paris, plusieurs établissements scolaires manquent d'AESH depuis septembre 2025.

Cela fait 30 ans que Cécile est enseignante de CE1. « Cette année, c'est la première fois depuis 30 ans que je pars le matin en me demandant comment je vais faire pour assurer la sécurité de tous les élèves », soupire-t-elle.

Dans sa classe, deux enfants auraient bien besoin du soutien d'un accompagnant d'élèves en situation de handicap, plus connu sous l'acronyme « AESH ». Mais depuis sept mois, Cécile doit faire sans. Alors, c'est à elle de gérer les situations les plus délicates. « Ponctuellement, je suis confrontée à des crises. Un enfant qui se lève pour en taper un autre, par exemple. Un autre élève en crise s'est enfui de l'école et il a fallu que je le poursuive. Pendant ce temps-là, je laisse ma classe et les élèves seuls, sans surveillance. »

À force de jouer un autre rôle que celui de maîtresse d'école, Cécile dit constater les premiers impacts sur l'ensemble de sa classe : « C'est du temps que je ne vais pas consacrer aux élèves en difficulté d'apprentissage, par exemple. » L'enseignante se dit aujourd'hui épuisée : « Je réclame de l'aide, car je n'arrive plus à enseigner. J'ai vraiment le sentiment de ne pas pouvoir faire mon travail correctement. »

Dans cette circonscription académique, 24 AESH seraient nécessaires pour couvrir les besoins. Faute de personnel, les cas de mutualisation sont fréquents : une AESH s'occupe de plusieurs enfants dans la même journée. Les AESH individuels sont devenus la perle rare, confirme Laure, maman d'un petit garçon de 5 ans. « Elles sont mobilisées pour des situations bien plus dramatiques que celles de mon fils, alors que mon enfant a besoin de cet accompagnement. Il apprendrait d'autant plus s'il avait eu le droit à cet AESH demandé par l'équipe enseignante. »

Ce traitement différencié est, à ses yeux, le symbole d'une école inclusive au bord de la rupture. « De plus en plus d'enfants se retrouvent en situation de handicap dans les écoles grâce à la loi de 2005. Mais pour cela, il faut des moyens, des enseignants et le personnel nécessaire pour encadrer. »

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La difficile pérennisation des embauches

Dans les couloirs du service départemental de l'Éducation nationale, on se dit conscient du problème. « ​​​​​​​Qu'ils sachent et qu'ils soient persuadés que nous faisons notre maximum », insiste Aline Vo Quang, directrice académique de Seine-et-Marne, qui assure que tous les efforts sont faits pour intensifier les embauches d'AESH. « ​​​​​​​Jusqu'à présent, nous avions des recrutements une fois par mois ​​​​​​​; désormais, nous sommes passés à un format hebdomadaire et nous avons des candidatures. »

Mais le plus difficile est peut-être moins de recruter que de pérenniser les embauches d'AESH. C'est ce que souligne, exemple à l'appui, Isabelle Gabay, chargée de l'éducation et de l'enfance à la ville de Savigny-le-Temple, l'une des communes de la circonscription : « ​​​​​​​Sur le département, il y a 3 500 AESH pour un volume budgétisé de 3 ​​​​​​​700. On n'arrive pas à atteindre ce volume d'heures, car certaines AESH démissionnent sitôt recrutées. Elles-mêmes travaillent dans des conditions si difficiles qu'elles craquent littéralement. »

Raison pour laquelle il est nécessaire de revaloriser ce métier, plaide Romain Malher, enseignant et membre du syndicat Force ouvrière : « ​​​​​​​On demande à ce que ces personnels nécessaires soient embauchés sous statut de la fonction publique, car les AESH sont bien souvent de simples contractuelles. Elles sont donc exposées à la non-reconduction de leur contrat, ce qui en fait des personnes précaires. » Revaloriser le statut et les salaires des AESH est l'une des raisons qui le poussent à manifester aujourd'hui.

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