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Le Sénat français examine mercredi 28 janvier le projet de loi-cadre pour faciliter la restitution des biens culturels africains pillés durant la colonisation. C'était une promesse du président Emmanuel Macron lors de son discours à Ouagadougou en 2017. À ce jour, seule une infime partie des collections françaises a été restituée aux pays qui la réclament. La Béninoise Marie-Cécile Zinsou est la présidente de la Fondation Zinsou et la grande invitée de Sidy Yansané. RFI : Marie-Cécile Zinsou, le Sénat français étudie ce mercredi 28 janvier, une nouvelle loi pour faciliter la restitution des biens culturels africains spoliés durant la période coloniale. Expliquez-nous, s'il vous plaît, ce que va changer concrètement cette loi, si elle est adoptée. Marie-Cécile Zinsou : jusqu'ici en France, à chaque fois qu'un pays, un État, faisait une demande de restitution, il fallait voter une loi spécifique en fonction de ce qui avait été demandé. C'est ce qui est arrivé pour le Bénin, pour les 26 objets qui ont été restitués, ou pour le Sénégal avec le sabre d'El Hadj Omar Tall, et enfin, dernièrement, pour le tambour en Côte d'Ivoire. Donc, cela demandait de passer des lois spécifiques. L'idée de faire une loi-cadre aujourd'hui, c'est d'encadrer la façon dont les État vont pouvoir demander des restitutions pour qu'il n'y ait plus une loi particulière, systématique, c'est-à-dire que la représentation nationale française ne soit pas obligée de voter par objet, mais puisse établir un cadre clair et transparent pour les demandes de restitution. On peut évaluer le nombre d'objets concernés ? Aujourd'hui, c'est extrêmement compliqué. Cela dépend vraiment des États qui en font la demande. Tous les États ne réclament pas tous les objets qui ont été pris entre 1815 et 1972. Donc aujourd'hui, il est difficile d’en déterminer le nombre. On sait quels sont les États qui ont fait les demandes et sur quoi portent les demandes. Et après on peut, on verra si cette loi crée de nouvelles demandes de différents États. Mais pour l'instant, on ne peut pas donner un nombre d'objets. Cette loi fait référence à des objets qui ont été saisis de manière illicite ou sous contrainte, mais il n'y a pas du tout de référence claire à la colonisation ? Écoutez, ça, c'est une chose qui est malheureusement un des échecs de cette loi, qui est de ne pas dire les choses. Ne pas parler de colonisation c'est très étrange dans ce contexte. La période est large, 1815-1972. Mais ce dont on parle, ce sont des biens spoliés par la colonisation. Jamais il n'est fait mention dans ce texte de la colonisation, de repentance, de réparation. Rien n'est dit à ce sujet. Or, la France a un problème avec son histoire coloniale et avec sa façon d'éviter le sujet de manière systématique. Si on prend les pays européens, il s'agit bien, dans le cas de la Belgique de parler de passé colonial de même que dans le cas des Pays-Bas, qui ont aussi légiféré sur la question de la restitution. Il s'agit de réparer l'injustice faite par la colonisation et d'accepter de manière automatique les demandes quand elles viennent d’États qui ont été colonisés par les Pays-Bas. Les objets, c'est formidable, mais à un moment, il faudra restituer l'histoire, il faudra restituer la fierté et on ne pourra pas éternellement cacher ce qui s'est passé pendant la colonisation française. Parmi ces 30 objets rendus par la France, vous l'avez dit, 26 concernaient le seul Bénin, votre pays. Est-ce à dire que le Bénin est à la pointe de la demande de restitution et pourquoi, selon vous ? Il faut bien se souvenir que depuis les indépendances, les pays demandent à voir leur patrimoine revenir sur leurs terres. Ce sont des demandes qui ont été systématiquement refusées sur le principe de l'inaliénabilité du patrimoine français. À partir du discours de Ouagadougou qui intervient en 2017. Mais il ne faut pas oublier que le Bénin fait sa demande en 2016. Cela fait longtemps que des pays n'ont pas demandé puisque leurs demandes étaient systématiquement refusées. Le Bénin a relancé cela en fait, il n'a pas lâché et il a insisté. Et c'est arrivé au moment où Emmanuel Macron a décidé de changer la politique française sur ces questions. Et je crois d'ailleurs que le Bénin fait à nouveau une demande de restitution pour certains objets qui n'avaient pas été prise en compte dans la première vague de restitution. Et le Bénin, pourquoi ? Parce que je crois que la population est très mobilisée. La jeunesse est énormément mobilisée. On a entendu la jeunesse béninoise sur les réseaux sociaux, on l'a entendu dans le débat public. Les gens sont très conscients de l'importance du retour du patrimoine pour déterminer où l'on va. C'est quand même toujours plus facile de savoir d'où l'on vient. La presse s'est largement fait l'écho du retour de ces œuvres au Bénin. Sans oublier le très beau film Dahomey de la cinéaste Mati Diop. On a vu des chefs coutumiers faire le déplacement, des étudiants, des familles depuis que ces biens ont retrouvé leur patrie d'origine. Diriez-vous que le peuple béninois a su se le réapproprier ? En fait, c'est très difficile de s'imaginer un pays où vous n'avez pas accès à votre patrimoine. Vous n'avez pas accès à votre histoire et tout à coup, ces objets reviennent. Et ces objets sont porteurs de votre histoire. Ils racontent qui vous étiez avant qu'on vienne vous envahir et qu'on vienne effacer votre identité. Les réactions pendant l'exposition étaient sidérantes. Les gens pleuraient devant les vitrines en voyant ces objets qu’ils découvraient pour la première fois. Ce sont des objets pour ce qu'ils portent avec eux de notre mémoire et de notre histoire. À lire aussiFrance: la loi pour simplifier les restitutions de biens culturels examinée au Sénat À lire aussiCatherine Morin-Desailly: «Les mentalités ont évolué», «les biens culturels volés méritent de retrouver leur pays d'origine» |