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Podcast: Invité Afrique
Episode:

Invité Afrique - «La force navale de l’UE contre le trafic d’armes en Libye sera inefficace»

Category: News & Politics
Duration: 00:05:30
Publish Date: 2020-02-20 02:21:55
Description: Fin mars, l’Union européenne déploiera une mission navale en Méditerranée, à l’est des côtes libyennes. Objectif : empêcher la circulation illégale d’armes à destination de la Libye. Une initiative jugée inefficace par Jalel Harchaoui, chercheur à l’Institut Clingandael à La Haye. Il répond aux questions de Clémentine Pawlotsky. RFI : Les Européens ont décidé d’envoyer des navires en Méditerranée, à partir de fin mars, pour tenter d’enrayer, ou du moins, limiter les livraisons d’armes à destination de la Libye. Selon vous, cette initiative peut-elle changer la donne sur le terrain ? Jalel Harchaoui : Non, pour plusieurs raisons. Premièrement, les voies maritimes ne sont pas les seuls canaux à travers lesquels l’embargo contre les armes de l’ONU en Libye est violée d’une manière systématique depuis à peu près huit ans. Il y a des livraisons très importantes qui sont faites à l’aide de bateaux turcs, notamment. Il y a eu deux gros bateaux à Tripoli et un autre à Misrata. Donc ces violations turques sont réelles, mais il y a aussi d’autres acteurs qui interviennent, au moins autant que la Turquie et d’une manière toute aussi légale. Par exemple, les Emirats arabes unis ont envoyé environ 5 000 tonnes d’armes en l’espace de dix à douze semaines, depuis le début de l’année. Et ce genre de flux d’armes est absolument essentiel pour comprendre pourquoi la guerre civile en Libye ne se calme pas. Au contraire, elle est en train de se détériorer et l’initiative de l’Union européenne ne prend pas cette réalité en considération. Pour rajouter encore à la complexité, il y a des livraisons d’armes qui se font par voie terrestre, à travers la frontière entre l’Egypte et la Libye. Le scénario typique, c’est que les Emirats envoient aussi une partie de leur matériel sur le sol égyptien, pour venir faire entrer ces armes d’une manière tout à fait illégale, au bénéfice du maréchal Haftar. Est-ce que, justement, on peut imaginer que ces autres canaux de circulation des armes - aériens et terrestres - vont, avec l’arrivée de cette force navale européenne, se développer ? Oui, ne serait-ce que sur le plan politique. Une initiative comme celle qui a été annoncée par l’Union européenne, finalement, c’est un clin d’œil complice en faveur du comportement illégal des Émirats arabes unis, qui sont perçus comme un bon violateur, un bon contrevenant, par opposition au mauvais contrevenant qui serait la Turquie. L’Union européenne, en montrant ce bilais contre la Turquie, en effet, est en train d’encourager le comportement problématique des Émirats arabes unis de l’autre côté du conflit, c’est-à-dire en faveur du maréchal Haftar. Aujourd’hui, est-ce que l’on a une idée du nombre d’armes qui arrivent en Libye chaque semaine ou chaque mois ? J’aurais tendance à souligner ce qui s’est passé depuis le début de cette année. C’est la réaction à l’annonce du président Erdogan, qui, en décembre, a annoncé, en plus de son activité clandestine, une intervention militaire officielle, ouverte, visible. Et cela a créé une espèce de panique au sein du camp adverse, du camp du maréchal Haftar soutenu par l’Égypte, la France, les Émirats arabes unis, la Jordanie et ainsi de suite. Donc il y a des injections qui se sont accélérées d’une manière exponentielle dès le début de cette année. Et pour répondre à votre question, il y a notamment, deux fois grosso modo, 5 à 7 000 tonnes qui ont été livrées par la Turquie. Il faut imaginer des véhicules blindés, des tanks d’assaut, des installations de défense anti-aérienne et ainsi de suite… Et de l’autre, comme je le disais tout à l’heure, il y a eu environ 93 vols tout à fait illégaux, qui ont été opérés par les Emirats arabes unis. Chaque vol, cargo, contient à peu près en moyenne 75 tonnes. Ce qui est important de souligner, pour ce mois-ci – ou en tout cas pour le mois de janvier et ce mois-ci –, c’est une accélération absolument faramineuse, une explosion exponentielle vers le haut et on se rend compte à quel point le sommet de Berlin a finalement été perçu comme un feu-vert pour une accélération du conflit. Cela ne s’est toujours pas traduit par une manifestation militaire, parce que les deux camps n’ont pas encore commencé à vraiment utiliser d’une manière offensive, il n’y a pas de prise initiative, parce qu’ils sont encore en train de s’observer, de se regarder en chien de faïence et en train de préparer la prochaine phase. Justement, le Gouvernement d’union nationale vient d’annoncer qu’il se retirait des pourparlers de paix en cours à Genève, en raison - dit-il dans son communiqué - des violations répétées de la trêve en vigueur par les forces rebelles du maréchal Haftar. Aujourd’hui, est-ce que la Communauté internationale a encore le pouvoir de mener ces négociations de paix à leur terme ? Oui, bien sûr. Elles pourraient faire un bien meilleur travail en termes de diplomatie et essayer de promouvoir la paix. La raison pour laquelle on ne voit pas ce genre de résultats, c’est parce qu’il n’y a pas de souhait. Il n’y a pas de désir, il n’y a pas de volonté politique de le faire. Parce que, pour instituer à la paix, il faut être désagréable avec les Émirats arabes unis. Et cela, personne ne le souhaite. Les États-Unis ne veulent rien faire de déplaisant par rapport aux Emirats arabes unis, même s’ils savent que Tripoli risque d’être détruite dans les mois à venir. La France est encore plus proche des Émirats arabes unis. Donc on se retrouve avec deux membres permanents du Conseil de sécurité, qui considèrent qu’il est absolument impensable de faire quoi que ce soit à l’encontre des Émirats arabes unis. Je parle d’un point de vue diplomatique. Passer un coup de fil, dire quelque chose, protester, faire une critique publique, vis-à-vis des Émirats arabes unis. Tant que ce tabou est respecté, il est impossible de faire un travail honnête, qui pourrait avoir un effet sous forme d’un ralentissement de la violence militaire en Libye. ►Jalel Harchaoui, chercheur, spécialiste de la Libye.
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