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L’instance représentative des musulmans d’Autriche, l’IGGÖ, a déposé une plainte, la semaine dernière, auprès de la Cour constitutionnelle autrichienne contre l’interdiction du voile à l’école.
Cette mesure a été proposée par le précédent gouvernement autrichien entre conservateurs et extrême droite et adoptée au Parlement grâce aux voix de ces deux partis en mai 2019, l’opposition ayant voté contre. Elle interdit le port du voile islamique dans les écoles primaires, qui accueille des enfants de 6 à 10 ans. La loi était loin de faire l’unanimité à l’époque et n’est toujours pas acceptée aujourd’hui par l’IGGÖ qui a choisi de porter l’affaire devant la Cour constitutionnelle. L’organisation musulmane dénonce le fait qu’aucune autre forme de vêtement ou de symbole religieux ne soit concernée par l’interdiction. En effet, la loi n’inclut pas la kippa juive ou le patka, la coiffe portée par les enfants sikhs. La Cour devrait examiner la plainte en mars prochain, selon la presse autrichienne et cela sera suivi de près par l’actuel gouvernement entre conservateurs et écologistes, car ce dernier a pour projet d’étendre cette interdiction aux jeunes filles plus âgées, jusqu’à 14 ans. C’est écrit noir sur blanc dans leur programme et nul doute qu’il faut y voir la patte du chancelier conservateur Sebastian Kurz, qui souhaite poursuivre sa politique restrictive concernant l’immigration et l’intégration.
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Et cette plainte arrive en plein débat sur le voile.
La ministre conservatrice de l’Intégration, Susanne Raab, a confié, dans une interview la semaine dernière, qu’après l’élargissement de l’interdiction du port du voile, il y aurait une « possible prochaine étape » : interdire aux enseignantes des écoles publiques de porter le voile. Une mesure qui n’est pas inscrite dans le programme du gouvernement, mais qui ferait, à en croire la ministre, l’objet d’un large consensus au sein de la coalition. Sauf que quelques heures à peine après cette déclaration, le vice-chancelier et chef des Verts, Werner Kogler a clairement dit que cela n’était « pas concevable ». Les sociaux-démocrates dénoncent, de leur côté, un prolongement de la politique de l’ancien gouvernement et regrettent que les Verts n’imposent pas leur vision sur les questions d’intégration.
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C’est l’un des premiers désaccords publics entre les Verts et les conservateurs.
On s’y attendait : la politique d’intégration divise les deux partenaires, qui, malgré leurs efforts, ne peuvent afficher une position unie sur cette question. C’est le cas aussi sur la politique migratoire. Lorsqu’il y a quelques jours, le ministre des Affaires étrangères, le conservateur Alexander Schallenberg, a affirmé que l’Autriche maintiendrait son refus d’adhérer au pacte migratoire de l’ONU, tout de suite, une députée écologiste a exprimé son désaccord. L’immigration étant un sujet de tension, le gouvernement a prévu dans son programme « un mode de résolution des crises ». En clair : si un désaccord persiste dans ce domaine, chacun des deux partenaires pourra s’associer à d’autres partis pour faire voter une loi, sans pour autant remettre en cause la coalition. Les conservateurs pourraient par exemple voter une loi avec l’extrême droite. Un dispositif qui en dit long sur les désaccords à venir entre les deux formations. |