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En Grande-Bretagne, une personne sur deux cents n’a pas de logement fixe. A l’approche de Noël, les couloirs du métro sont couverts d’affiches appelant à la solidarité envers les SDF. Et parmi les personnes à la rue se trouve un nombre non négligeable d’anciens combattants.
Avec notre correspondante à Londres, Emeline Vin
Il s’appelle Steve Rowe. On ne connaît pas son âge, il doit avoir la cinquantaine. Tous les soirs, il dort sur des cartons, dans le quartier des grands magasins de Londres. Steve a combattu dans les rangs de l’armée britannique, à Hong Kong mais surtout en Irlande du Nord, en pleine période des « troubles ». Il y a vu des « trucs de malade ».
C’est la chaîne de télévision Channel 4 qui a raconté son histoire, dans une vidéo vue plus de 5 millions de fois sur Facebook en quelques jours. Steve Rowe indique qu’il ne remplit pas les critères pour bénéficier d’aides. « Mais quand j’ai rejoint l’armée, on ne s’est pas demandé si je correspondais aux critères », dit-il dans un sanglot. Cette histoire, c’est celle d’au moins 6 000 personnes, en majorité des hommes, qui ont fait partie de l’armée britannique et qui se retrouvent aujourd’hui sans logement.
Pourquoi ces anciens combattants deviennent-ils SDF ?
Le gouvernement ne fournit pas de statistiques officielles sur le sujet. D’après les ONG – ce sont d’ailleurs elles qui donnent ce chiffre d’environ 6 000 anciens combattants sans domicile fixe – ce sont surtout des militaires ayant été envoyés dans des zones de guerre. A leur retour en Grande-Bretagne, certains présentent des syndromes de stress post-traumatique et n’arrivent plus à se réadapter à la vie en société « normale ». Ils perdent tous leurs repères et certains basculent dans l’alcool, pas tellement dans la drogue.
Certains de ces ex-militaires disent aussi qu’à l’armée, ils n’avaient à s’occuper de rien : les factures étaient payées, les loyers aussi. En fait, c’est ce retour à la vie normale qu’ils ne parviennent pas à effectuer. La Légion britannique a publié un rapport. Pour elle, l’engagement dans l’armée ne joue qu’un rôle minime puisqu’on retrouve les mêmes problèmes chez d’autres sans-abri : alcoolisme, endettement, maladies mentales.
Le problème des sans-abris est-il même bien plus large ?
En effet, toujours selon les ONG, ce sont en fait près de 70 000 anciens combattants qui sont soit en prison, soit à la rue, ou qui ont des problèmes de santé mentale. Les associations demandent à l’Etat de mieux prendre en charge ceux qui ont combattu à son service. Selon eux, le gouvernement n’assure aucun suivi de ses anciens soldats… Et puis le sans-abrisme, aussi, est un vrai problème au Royaume-Uni : 320 000 personnes vivraient soit à la rue, soit dans des logements temporaires ou de fortune. Un nombre en augmentation constante : +13 % par rapport à 2012.
Les Nations unies se sont emparées du problème : selon l'ONU, cette crise du non-logement serait due aux politiques d'austérité des gouvernements successifs. Austérité qui a abouti à une hausse des loyers et une pénurie de logements sociaux. Le gouvernement s’est donné un objectif : mettre fin au sans-abrisme à l’horizon 2027. Il a débloqué en début d’année plus d’un milliard d’euros. Mais aucune mesure, pour le moment, pour les anciens combattants comme Steve. |