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L’intelligence artificielle bouleverse en profondeur l’industrie musicale. Capable de composer des chansons en quelques secondes, elle s’impose désormais sur les plateformes de streaming, au point de brouiller la frontière entre créations humaines et œuvres artificielles. Un phénomène massif qui interroge artistes, producteurs et auditeurs. Avec quelques mots-clés ou des extraits de morceaux existants, il est aujourd’hui possible de composer une chanson complète grâce à l’intelligence artificielle. La démonstration est frappante : une simple requête — « crée-moi une chanson en français qui parle de RFI Matin avec Marion Cazanove » — et, en seulement 25 secondes, un titre voit le jour. Aucun musicien, aucun studio, aucun instrument. Juste une IA et un résultat qui ressemble déjà à un tube. Ce type de création, encore marginal il y a peu, devient désormais monnaie courante dans le secteur musical. Une explosion des créations… et une rémunération qui pose question Selon une étude de la Sacem, la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, le nombre de titres générés par intelligence artificielle explose. Le marché mondial de la musique générative pourrait dépasser les 3 milliards de dollars d’ici trois ans, et un créateur sur trois a déjà utilisé ces outils dans son travail. Mais derrière cette croissance fulgurante se pose une question centrale : comment rémunérer équitablement les artistes ? Car aujourd’hui, il suffit de mettre une chanson en ligne pour prétendre à une rémunération, qu’elle soit créée par un humain ou par une machine. Le problème est là : les technologies se perfectionnent à tel point qu’il devient de plus en plus difficile de distinguer une œuvre humaine d’une création artificielle. Une situation vécue comme une concurrence déloyale par de nombreux musiciens, face à des titres produits sans compositeur, sans interprète et sans studio. À lire aussiL’intelligence artificielle joue une singulière partition sur les plateformes de musique en ligne Deezer, Ipsos et le public : l’humain ne fait presque plus la différence Les chiffres donnent le vertige. Un titre sur dix importé sur Deezer est généré en partie ou intégralement par l’IA, soit environ 10 000 morceaux par jour. Face à ce raz-de-marée, la plateforme française tente de reprendre la main avec un logiciel maison capable d’identifier ces contenus afin de mieux encadrer leur diffusion et la rémunération associée. Ce brouillage entre humain et machine est désormais confirmé par une étude inédite menée par Deezer et l’institut Ipsos. Pour la première fois au monde, ils ont analysé la capacité du public à reconnaître une musique générée par intelligence artificielle. Conclusion : nous ne savons presque plus faire la différence. La chanson Walk My Walk en est l’illustration parfaite. Ce titre a été, durant quelques jours, en tête du classement country américain, avec plus de 1,6 million d’écoutes. Pourtant, selon plusieurs logiciels spécialisés, il y aurait jusqu’à 9 chances sur 10 qu’il ait été généré par une IA. Et si vous vous êtes laissé piéger, rassurez-vous : vous n’êtes pas seul. Sur les 9 000 personnes interrogées, 97 % ont été incapables de distinguer une musique humaine d’un titre créé intégralement par intelligence artificielle. À lire aussiL’IA dans la musique: vers un remplacement et un appauvrissement financier des artistes? |