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durée : 00:02:48 - Vidéos verticales : la fin du plan large ? - par : Sonia Devillers - Facebook annonce adopter à son tour les vidéos verticales, telles qu'on les connaît déjà sur Tik-Tok, Snapchat et Instragram.
Des vidéos qui collent à l'usage que nous faisons de nos smartphones, nous les tenons verticalement. Des vidéos qui se résument à une bande d'images : on voit le sol, on voit le ciel ou le plafond, on voit le personnage au centre, mais rien à droite, rien à gauche. Longtemps, ces images ont été l'apanage des réseaux utilisés par les très jeunes. Avec Facebook, la verticalité va devenir planétaire et trans-générationnelle, ce qui m'entraîne dans un puits sans fond de mélancolie. Envers et contre la marche du monde technologique, je vous propose ce matin une ode à l'image horizontale, au plan large, en un mot, au cinéma.
Imaginez un peu si on avait filmé la construction du « Pont de la rivière Kwaï » en vertical, cet ouvrage n'aurait jamais relié une rive à l'autre. Il se serait résumé à un pilier.
Thomas Edison et les Frères Lumière ont inventé le cinéma plus large que haut. Hollywood va même imposer la largeur - le célèbre format 4/3 - comme standard, dans le monde entier. Les fabricants de téléviseurs vont à leur tour l'adopter.
Justement, dans les années 50, le cinéma doit se différencier de la télé - il joue sa survie. Sa recette ? Proposer dans les salles obscures une image plus large que les images larges : le Cinémascope. Le rapport largeur/hauteur passe à 16/9è et c'est somptueusement beau. La largeur a façonné notre imaginaire et notre conception du grand spectacle. La largeur a favorisé toute une grammaire de plans dits « larges » ou « d'ensemble » et avec eux, des récits qui avaient besoin d'espace.
« Il était une fois dans l'Ouest », « La Mort aux trousses », « Lawrence d'Arabie », « Ben-Hur », « Comment épouser un millionnaire ». Des personnages pris dans un environnement qui les dépasse : la foule, le désert, des champs à perte de vue, une grande ville. De quoi souligner l'influence de ce qui entoure le protagoniste, l'idée que l'action peut surgir de n'importe où, n'importe quand... On scrute - obligé - le regard est pleinement sollicité. Aujourd'hui, avec la vidéo verticale tous ces éléments de narration se trouvent hors-champs. Seul compte le type au centre.
Dans l'histoire de la peinture, la largeur est le format du paysage, la hauteur, celui du portrait. La Joconde est un tableau vertical.
L'horizontalité : l'homme face à son destin. La verticalité : l'homme face à lui-même. |